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Le tourisme redécolle

Dans cette édition: la dynamique économique du secteur touristique • shadow banking • Starmer aux manettes • élections en France

Ludonomics
3 min ⋅ 10/07/2024

Bonjour, et bienvenue dans Ludonomics, la newsletter sur ce qui fait bouger l’économie mondiale. Je suis Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur Allianz. Je vous donne rendez-vous toutes les semaines dans votre boîte mail. Suivez-moi également sur X.


LE BRIEFING

REPRISE • Malgré l'incertitude économique et les tensions géopolitiques, le secteur touristique européen a déjà dépassé les niveaux d'avant la pandémie.

  • Les taux d'épargne des ménages continuent d'augmenter dans la plupart des pays européens, mais ni l'inflation ni l'incertitude n'ont affaibli la reprise du secteur.

  • La demande de services liés aux voyages continue de croître, donnant au secteur un pouvoir de fixation des prix dont ne jouit aucun autre secteur.

  • Les taux d'occupation hôtelière mondiaux ont atteint une moyenne de 61% au T1 2024, 64% depuis le début de l'année et 68% en mai, les plus hauts niveaux depuis la pandémie.

CLASSE ECO • Bien que le tourisme de luxe attire de plus en plus de clients, les hôtels économiques continuent de dominer le marché. 

  • Le segment luxe ne représente que 3% de l'offre totale. La demande pour des expériences haut de gamme et des voyages de luxe a fortement augmenté dans les économies développées, avec une croissance du RevPAR des hôtels de luxe de 5% en 2023 contre 3% pour l'ensemble du secteur.

  • Cependant, avec l'inflation qui touche toujours le pouvoir d'achat des ménages à revenus faibles et moyens, la catégorie "économique" est devenue majoritaire depuis 2022.

REBOND • La forte demande a aidé les industries hôtelières et des croisières à se remettre de la pandémie, avec des fondamentaux meilleurs que jamais.

  • Les revenus des plus grands groupes hôteliers ont dépassé les niveaux de 2019 de 13% en 2023. Leurs marges d'EBITDA devraient s'améliorer à 25,7% cette année, versus 23,5% avant la pandémie. 

  • La demande pour les croisières s'est également fortement redressée, avec des revenus ayant grimpé de 70% l'an dernier et une hausse de 15% attendue en 2024, les plus grands acteurs anticipant un été 2024 meilleur que l'été 2019.

  • Les voyages internationaux sont le principal moteur de la reprise mondiale du tourisme, reflétée par la hausse de la connectivité aérienne internationale (+28% en 2023).

  • Les Américains, bénéficiant d'un dollar fort, sont plus enclins à voyager à l'étranger dans un contexte de faibles taux d'épargne aux États-Unis.

EUROPE • L'Europe, toujours première destination mondiale L'Europe reste la région la plus attractive pour les voyageurs internationaux, avec 54% des parts de marché en 2023.

  • La France, l'Espagne et l'Italie figuraient parmi les cinq principales destinations mondiales l'an dernier, permettant à l'Europe de générer les plus hauts revenus touristiques en 2023 (+7% par rapport à 2019).

  • Au T1 2024, la région avait déjà dépassé les niveaux d'avant la pandémie (+2% par rapport au T1 2019), les deux grands événements sportifs de l'été devant attirer encore plus de visiteurs en France et en Allemagne.

CHINE • Bien que la région Asie-Pacifique soit à la traîne dans la reprise, les touristes chinois restent les plus gros dépensiers au niveau mondial.

  • Les arrivées internationales n'ont atteint que 82% des niveaux de 2019 au T1 2024 en Asie-Pacifique, la région la plus éloignée des niveaux d'avant-crise.

  • Cependant, les dépenses des voyageurs chinois à l'international ont atteint 196 milliards de dollars l'an dernier, en faisant la première nationalité génératrice de revenus touristiques.

  • Les retraités chinois sont largement responsables de ces dépenses élevées, dépensant environ 3 115 yuans par voyage contre 2 800 yuans pour les milléniaux et la génération Z.


IN CASE YOU MISSED IT

STARMER • Le parti travailliste remporte une nette victoire aux élections britanniques le jeudi 4 Juillet 2024, avec 410 sièges sur 650 — mettant fin à 14 ans de gouvernement conservateur. 

  • La dette s’élève à 101,3% du PIB en 2023 et le déficit s’établit à -6% du PIB. L’économie britannique retrouve toutefois au début du premier trimestre 2024 un second souffle qui devrait se maintenir jusqu’à la fin de l’année (+0,7% au T1).

  • L’Office for Budget Responsibility (OBR) estime que le prochain gouvernement n’aura qu’une marge de manœuvre fiscale de 0,3% du PIB. 

  • Côté dépenses, Starmer a promis lors de la campagne électorale une augmentation des investissements verts de £5 Mds, un top up de £1,1 Mds pour la NHS, 1 milliard devrait être alloué à un programme d’isolation des habitations et 2 milliards pour financer les 1,5 millions de nouvelles maisons promises sur cinq ans.

L’économie britannique profite d’une baisse significative de l’inflation depuis fin 2023

  • L’inflation britannique s’établit à 2% en mai 2024.  L’inflation en baisse a bénéficié à la livre sterling, qui s’est appréciée.

  • La Banque d’Angleterre devrait mécaniquement suivre cette tendance par un assouplissement prochain de sa politique monétaire — 4,75% en août 2024 contre 5,25% actuellement.

SHADOW BANKING • Elizabeth McCaul, membre du conseil de surveillance prudentielle à la BCE, s'est entretenue avec le Financial Times

  • Elle a considère que la "remarquable" croissance des fonds privés et d'autres sources de financement hors bancaire réglementé (i.e. le shadow banking) représente la plus grande menace pour la stabilité financière de la zone euro.

  • Les shadow banks (intermédiaires financiers non bancaires) détiennent €42,9 Mds d’actifs dans l'UE au T3 2023, contre €38 Mds pour les prêteurs traditionnels, selon les chiffres de la Commission européenne.

Des crises récentes comme l'effondrement du fonds spéculatif Archegos Capital et les turbulences sur le marché de la dette britannique ont été des "signaux d'alarme".

  • Bien que le secteur bancaire européen ait fait preuve de résilience, la montée en puissance des shadow banks inquiète, notamment vu leurs liens complexes avec les banques traditionnelles. 

  • Les régulateurs travaillent à accroître la transparence et réduire les risques dans ces secteurs peu réglementés, mais hésitent à les placer sous leur supervision directe.

FRANCE • La décision prise par Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée nationale a rebattu les cartes du jeu politique. Côté marché, la réaction obligatoire est assez nette. 

  • L'écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes (spreads) s’est accru de 40-50 points de base à près de 70 points de base (0,7%). 

  • Il s’agit du spread le plus élevé depuis la crise des dettes souveraines. 

L’absence de majorité claire devrait rendre difficile pour tout nouveau gouvernement la mise en œuvre des réformes économiques promises ou de trouver des accords sur la politique budgétaire.  

  • A 5,5%, le déficit budgétaire de la France dépasse les limites de l'UE de 3% du PIB, et tout nouveau gouvernement devra négocier des ajustements budgétaires significatifs pour le réduire.  

  • Standard & Poor's a déjà abaissé la note de crédit de la France en juin dernier de AA a-à AA-.  

  • La prochaine mise sur le marché d’obligations assimilables du trésor (OAT), le 18 juillet, sera suivie de près. Elle permettra de prendre le pouls de l’appétit des marchés obligataires pour la dette française.


LES LECTURES DE LA SEMAINE

  • Une analyse intéressante du Financial Times sur l’agenda climatique de Keir Starmer au Royaume-Uni. 

  • Et également la très bonne analyse de François Valentin dans le Grand Continent “Derrière le triomphe de Starmer : 10 points pour décoder l’élection au Royaume-Uni”.

  • Bloomberg se penche sur la restructuration des €300 Mds de garanties étatiques à des prêts accordés en Italie pendant la pandémie de Covid-19.


Merci à Constant Lacroix pour son assistance dans la préparation de cette édition. A la semaine prochaine!

Ludonomics

Par Ludovic Subran

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