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Le Brexit, dix ans après : ni effondrement, ni renaissance. Dix ans après le référendum, le bilan du Brexit se révèle plus nuancé que les pronostics, qui oscillaient entre effondrement et renaissance. Alors que le Royaume-Uni cherche son septième Premier ministre en une décennie, les indicateurs dessinent un tableau contrasté, mêlant forces et faiblesses, dont certaines sans lien avec le Brexit.
L'économie britannique conserve de solides atouts dans l'économie de la connaissance, les technologies et les énergies propres. Les exportations de TIC vers l'Union ont presque doublé depuis le Brexit, et le pays demeure le deuxième exportateur mondial de services financiers (21% du marché). Premier pôle européen de capital-risque, il a levé près de 164 milliards de dollars entre 2020 et 2026. Londres concentre toujours près de 50% des dérivés de taux de gré à gré et 38% des changes. L'éolien a bondi de 130% depuis 2016, permettant une sortie réussie du charbon en 2024.
Le Brexit a néanmoins laissé des cicatrices. Sans lui, le PIB aurait été supérieur de 2 à 4%. Les régions pro-sortie ont décroché : 59% de leurs habitants ont vu l'écart se creuser face au revenu national moyen. Depuis 2021, la croissance repose surtout sur la main-d'œuvre étrangère, à l'origine de plus de la moitié de l'expansion. Les échanges de biens avec l'Union, premier partenaire du pays, restent inférieurs d'environ 21% à leur niveau attendu, sans que les nouveaux accords ne compensent. Les actifs britanniques se négocient toujours avec une décote.
La crise du «mini-budget» de 2022 a rappelé combien la crédibilité budgétaire compte. Les investisseurs exigent désormais une prime de risque structurellement plus élevée ; les actions sous-performent leurs homologues américaines et européennes. Sur les marchés privés, capital-investissement et capital-risque accusaient en 2025 un retard de 12 à 18% par rapport à une trajectoire sans Brexit, désormais cristallisé en un coût du capital durablement plus élevé. Le capital-investissement résiste, mais surtout porté par des capitaux américains, la compression des valorisations transformant les entreprises britanniques en cibles de retrait de la cote.
Reste à regarder au-delà du Brexit. Performant en création d'entreprises, flexibilité du travail, enseignement supérieur et recherche, le pays voit sa croissance bridée par des goulets d'étranglement internes, révélés mais non causés par le Brexit. Le gouvernement doit aller plus loin : réforme de l'urbanisme, investissement dans le logement, l'énergie et les infrastructures, soutien à l'innovation et aux industries stratégiques, réforme du NHS érigée en priorité économique et diffusion technologique accélérée. Une refonte des règles budgétaires, avec des réformes des retraites et de la fiscalité immobilière et un élargissement de l'assiette de la TVA, réorienterait des ressources rares vers la réduction du déficit et l'investissement, sans négliger la défense. Sur ce terrain, le pays n'a connu aucune véritable inflexion de réarmement après 2022 : il vise 2,5% du PIB d'ici 2027 et 3,0% d'ici 2030, sans garantie, et ses coopérations, AUKUS, GCAP, partenariat SAFE, tiennent plus du catalogue d'engagements que des réalisations. Enfin, une réintégration aux marchés européens de l'énergie et du carbone réduirait les frictions et stabiliserait des prix qui minent la compétitivité industrielle.
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