Marché Matriochka : des convictions d’investissement imbriquées sur les actions

Ludonomics
4 min ⋅ 08/06/2026

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Marché Matriochka : des convictions d’investissement imbriquées sur les actions

·       Le scénario central repose sur une résolution des tensions géopolitiques. Les marchés actions intègrent l’hypothèse d’un accord géopolitique d’ici septembre, soutenue par le consensus des marchés prédictifs et la structure à terme du VIX, dans un contexte où le coût d’un conflit prolongé et les mid-term américains renforcent l’incitation à un compromis. Un accord supposerait toutefois des garanties iraniennes sur le détroit d’Ormuz. Les risques extrêmes sont visibles dans les options mais peu dans les valorisations. En cas d’échec et d’un prix du pétrole durablement élevé, les actions pourraient corriger de 25% en Europe et 20% aux États-Unis, avec compression des marges, contraintes pour les banques centrales et retour d’un risque de stagflation structurelle.

·       La croissance des bénéfices reflète davantage une concentration sur quelques moteurs sectoriels qu’une résilience généralisée. Le S&P 500 affiche six trimestres consécutifs de croissance à deux chiffres du BPA, tandis que les entreprises européennes ont surpris positivement avec +11,5% au premier trimestre. Toutefois, les marges record offrent désormais un potentiel d’amélioration limité. Aux États-Unis, environ 17 pp de la croissance du BPA au T2 2026 proviennent du seul secteur technologique, en hausse de 66% et représentant 31% des bénéfices de l’indice. Hors technologie, la croissance du S&P 500 retombe à environ 12%, en ligne avec une croissance nominale mondiale modérée.

·       La composition des indices dits non cycliques concentre en réalité la sensibilité aux taux plutôt qu’elle ne la réduit et la vague imminente de méga-introductions en bourse accentue encore davantage le phénomène de concentration. Le basculement vers la technologie, la santé, les services aux collectivités et les valeurs de rendement est perçu comme une protection, mais ces secteurs restent fortement exposés aux taux réels. Le risque de taux est donc masqué, non supprimé. La vague d’IPO à venir accentue cette vulnérabilité : SpaceX, OpenAI et Anthropic (3 450 Md USD) représenteraient 4 à 5% du S&P 500 et renforceraient la concentration technologique, zone la plus sensible aux taux.

·       La prime de risque actions réelle n’est pas un coussin mais un point d’équilibre. La prime nominale négative s’explique par la protection contre l’inflation et la dominante technologique à forte duration de croissance. En termes réels, la prime n’est qu’environ 2,5%, insuffisante pour constituer une marge de sécurité. Une hausse de 50 à 75 points de base des taux réels suffirait à l’effacer, déclenchant une réallocation mécanique vers le crédit investment grade pour les investisseurs institutionnels. Les multiples resteraient comprimés sans baisse des taux ou amélioration de la croissance, conditions peu probables en cas de détérioration géopolitique et macroéconomique simultanée.

·       Le positionnement technique amplifie de manière non linéaire les mouvements de marché, tandis que le pipeline d’IPO de grande taille constitue un facteur de risque additionnel. Le rallye 2025–2026 a été soutenu par des facteurs techniques : CTA massivement positionnés longs, volatilité comprimée par les teneurs de marché sur options et dette sur marge proche de ses sommets. Ces éléments sont réversibles et leurs retournements sont auto-renforcés. Une baisse fondamentale de 5 à 7% peut ainsi se transformer en correction de 15 à 20% via des effets de débouclage. Les flux liés aux IPO et aux rééquilibrages passifs accentuent le risque de spirale vendeuse, complété par les expirations de lock-up à 180 jours.

·       Dans le scénario défavorable, les trois leviers de politique économique, géopolitique, budgétaire et monétaire, sont simultanément contraints. Depuis 2010, les actions intègrent une option implicite de soutien des politiques publiques en cas de choc. Le risque sous-estimé tient à la corrélation des limites sur ces trois canaux plutôt qu’à leur absence isolée. Le levier géopolitique est déjà partiellement utilisé via les négociations de cessez-le-feu, réduisant les marges futures. Le levier budgétaire est contraint, notamment en Europe malgré les efforts post-2022 face aux coûts énergétiques élevés. Le levier monétaire reste difficile à activer sans crise souveraine ou bancaire, dans un contexte inflationniste persistant.


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Par Ludovic Subran