Accord américano-iranien : les marchés anticipent la paix, les économies paient encore le prix de la guerre

Ludonomics
4 min ⋅ 22/06/2026

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Accord américano-iranien : les marchés anticipent la paix, les économies paient encore le prix de la guerre

Les marchés ont salué la fin du conflit dans le détroit d'Ormuz. L'économie n'a pas encore mérité ce soulagement et pour la plupart des ménages, des entreprises et des gouvernements, la situation pourrait empirer avant de s'améliorer. La réouverture physique s'étale sur plusieurs mois, ce n'est pas instantané.L'Europe du Sud (Espagne, Portugal, Grèce) a connu un redressement durable, dépassant désormais de 11% son niveau d'avant la pandémie, tandis que l'Allemagne stagne. Les écarts de taux souverains se sont fortement resserrés et les bilans bancaires assainis. Mais ce modèle, tiré par l'emploi et le plan de relance européen, atteint ses limites.

Les prix de l'énergie se détendent, mais l'inflation atteindra son sommet plus tard que les marchés ne l'anticipent. Le Brent se stabilise autour de 80 USD le baril au troisième trimestre, avant de refluer à 67 USD d'ici la fin de 2027. Les hausses passées de l'énergie continuent de se répercuter sur les chaînes d'approvisionnement, les factures et les loyers. L'inflation sous-jacente culmine à 3,1% aux États-Unis comme dans la zone euro au quatrième trimestre. Les salaires réels ne redeviennent positifs qu'au premier trimestre de 2027. Les marchés anticipant une désinflation immédiate ont au moins deux trimestres d'avance sur les données.

Le choc affecte tous les bilans, mais c'est l'Europe qui en porte la cicatrice la plus profonde. Les États-Unis encaissent le coup grâce à des atouts structurels : exportateurs nets d'énergie, ils tirent profit d'une amélioration de leurs termes de l'échange, tandis que les allègements d'impôts protègent les ménages et que l'investissement porté par l'intelligence artificielle soutient les dépenses d'équipement des entreprises. L'Europe ne dispose d'aucun contrepoids de ce type. Faute de relais budgétaire significatif, l'Europe cumule des ménages sous pression durable (énergie, taux variables, pouvoir d'achat comprimé) et des entreprises confrontées à un vide de la demande que seules les plus dotées d'un pouvoir de fixation des prix parviennent à amortir. Toute rechute du cessez-le-feu raviverait ces pressions simultanément, l'Europe restant la plus exposée du fait de son intensité énergétique et de son ouverture commerciale supérieures.

Pour les banques centrales, le risque d'une erreur de politique monétaire est le plus élevé depuis 2022. La Réserve fédérale et la Banque centrale européenne devraient procéder à une nouvelle hausse de taux au second semestre, avant que la désinflation n'ouvre la voie à des baisses en 2027. Toutes deux se heurtent à un problème de cohérence temporelle : les tensions inflationnistes se dissiperont vite, tandis que leur dépendance aux indicateurs rétrospectifs justifiera un resserrement bien avancé dans le quatrième trimestre. Un resserrement excessif demeure un scénario plausible et sous-estimé, l'Europe étant la plus exposée.

Pour les marchés de capitaux, le signal est celui d'une rotation et du portage, non d'une réévaluation. Les actions n'ont jamais intégré le conflit comme un choc systémique (MSCI US +8%, MSCI Europe +5% depuis le début de l'année), de sorte qu'il reste peu de potentiel à libérer en cas de bonnes nouvelles, mais une marge de baisse importante en cas de mauvaises ; un repli estival de 5 à 10% est plausible. Une orientation vers l'Europe, les valeurs cycliques et les secteurs sensibles à l'énergie, vaut mieux qu’un pari sur une envolée généralisée. 

Le soulagement est de mise. Mais il ne signifie pas la fin de l'alerte. L'inflation s'aggravera avant de s'améliorer et les tensions sur les ménages et les finances publiques persisteront jusque tard en 2026. L'accord reste subordonné aux négociations nucléaires et à un cessez-le-feu aux antécédents médiocres. L'asymétrie est inconfortable : la hausse possible est modeste, la baisse rapide et corrélée. Réagir tard coûterait bien plus cher que rester prudent.


ICYMI

L’Europe du Sud a remporté la dernière décennie, la suivante est moins évidente.

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Par Ludovic Subran