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Risque de super El Niño : inflation accrue en Asie, surproduction en Amérique latine mais peu de perturbations sur les marchés financiers

L'économie sous tension, d'El Niño au cycle de conversion de trésorerie (CCC)

Ludonomics
3 min ⋅ 20/07/2026

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Risque de super El Niño : inflation accrue en Asie, surproduction en Amérique latine mais peu de perturbations sur les marchés financiers

Le El Niño qui se dessine pour 2026-2027 pourrait devenir l'événement climatique le plus intense depuis plus d'une décennie. Souvent perçu comme un simple risque opérationnel, El Niño constitue en réalité un événement macroéconomique, aux répercussions sur l'inflation, les échanges, les chaînes d'approvisionnement et les résultats des entreprises. Le FMI estime qu'il renchérit les prix alimentaires mondiaux d'environ 5% en un an ; les épisodes de 1982-1983 et 1997-1998 ont coûté 4 100 et 5 700 milliards de dollars sur cinq ans.

El Niño provoque un choc inégal sur les matières premières, les perturbations les plus fortes se concentrant sur les produits cultivés en Asie, tandis que les céréales d'Amérique latine, principalement au Brésil et en Argentine, pourraient connaître une surproduction grâce à de meilleures conditions de culture. El Niño provoque un choc inégal : l'Asie du Sud-Est, l'Inde et l'Afrique de l'Ouest affrontent sécheresses et perturbations agricoles, tandis que l'Amérique du Sud bénéficie de meilleures conditions de culture. Il en résulte une divergence entre marchés plutôt qu'une inflation généralisée. Les risques les plus élevés touchent le sucre, l'huile de palme, le riz, le cacao et le café robusta ; le soja, le maïs et l'arabica devraient reculer.

Pour les entreprises, les implications dépassent largement l'agriculture. Les industriels de l'agroalimentaire pourraient subir de nouvelles tensions sur leurs coûts d'intrants (sucre, huile de palme, riz, cacao), mais pourraient les répercuter. Les fabricants de biens de consommation des marchés émergents feraient face à une sensibilité accrue à l'inflation. Pour les négociants des cultures en surproduction, notamment en Amérique latine, la hausse de production n'est pas favorable : les prix baissent, le stockage sature et la demande est inélastique. Les pays importateurs pourraient réagir par des restrictions à l'exportation, contrôles des prix ou stocks stratégiques, amplifiant les perturbations.

Un super El Niño transmettrait des tensions inflationnistes en Asie principalement par le canal des prix alimentaires, l'Indonésie étant la plus touchée (+2,3 points de pourcentage) et la Malaisie et les Philippines les plus préservées (+0,7 point de pourcentage). En Amérique latine, le tableau est plus contrasté, la Colombie, le Pérou et le Brésil étant exposés à d'éventuelles tensions. Les banques centrales des Philippines, d'Indonésie et d'Inde pourraient relever leurs taux ou repousser leur assouplissement à 2027, la Malaisie et la Thaïlande restant en attente. Les interdictions d'exportation (Inde, Thaïlande, Vietnam) allégeraient les tensions internes mais pénaliseraient les importateurs. En Amérique latine, la sécheresse au nord du Brésil et en Colombie alimenterait l'inflation, tandis que le Pérou subirait le El Niño côtier.

Les épisodes de super El Niño n'ont généralement guère d'incidence sur l'ensemble des marchés financiers. Le S&P 500 a fortement progressé lors de chaque épisode, porté par le contexte macroéconomique plutôt que par le climat. Les économies importatrices de denrées, comme les Philippines et l'Indonésie, tendent à sous-performer 12 à 18 mois après un pic de l'Indice Océanique Niño (ONI). Mais chaque épisode s'inscrivant dans un contexte radicalement différent, le signal reste trop faible pour être attribué au seul El Niño.


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Par Ludovic Subran