Trop chaud pour la croissance : les coûts économiques de la chaleur extrême

Ludonomics
5 min ⋅ 01/06/2026

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Trop chaud pour la croissance : les coûts économiques de la chaleur extrême

  • La chaleur extrême s’impose désormais comme un risque économique structurel, auquel l’Europe est particulièrement exposée. Les épisodes de stress thermique ont été multipliés par sept depuis les années 1980 et leur mortalité moyenne par cinq, en partie grâce à de meilleurs systèmes de mesure en Europe. Mais la hausse reflète aussi des fragilités structurelles : vieillissement, urbanisation retenant la chaleur et infrastructures de refroidissement insuffisantes. Le taux de climatisation reste faible en Europe (19% contre 90% aux États-Unis).

  • Les effets économiques du stress thermique sont fortement non linéaires, avec un seuil critique situé autour de 30°C, au-delà duquel les pertes de productivité s’accélèrent nettement. La chaleur extrême produit des effets économiques non linéaires : elle peut légèrement soutenir la productivité en réduisant les besoins de chauffage sous certains seuils, mais devient rapidement pénalisante au-delà. Entre 30°C et 35°C, chaque degré supplémentaire réduit d’environ 1,3 USD la production horaire (près de 3% en moyenne), principalement via le travail. Les salaires s’ajustant avec retard, les pertes touchent d’abord les entreprises avant les ménages. Parallèlement, la demande d’énergie augmente d’environ 1,2% par degré, renforçant les coûts. Un scénario de répétition des années les plus chaudes jusqu’en 2030 implique des pertes de PIB de 5 à 7% pour les pays les plus exposés, avec un recul de l’investissement d’environ 8%, fragilisant la capacité productive. Ces effets combinent ralentissement de la croissance, inflation et chômage, posant de forts défis macroéconomiques, notamment en zone euro.

  • Les conséquences budgétaires pèsent avant tout sur les économies les moins en mesure de les absorber. La chaleur réduit les recettes fiscales (–1,8% en France, –1,3% en Italie et Espagne, –0,7% en Allemagne) tout en augmentant les dépenses de santé, transferts indexés et dépenses d’urgence. Les déficits se détériorent d’environ 0,5% du PIB par an. L’Italie et l’Espagne risquent de dépasser les seuils de Maastricht, et la France subirait une pression additionnelle de 2,2% du PIB.

  • Les pertes assurées ne représentent encore qu’une faible part des dommages totaux, ce qui traduit un décalage entre ce que la chaleur détruit et ce que les mécanismes d’assurance traditionnels ont été conçus pour couvrir. En 2022, les pertes climatiques en Europe ont atteint 46 milliards d’euros, avec une faible couverture assurantielle. La chaleur provoque surtout surmortalité, pertes de productivité, tensions sanitaires et pression sur les infrastructures, mal couvertes par l’assurance classique. Ces risques diffus et systémiques compliquent l’assurabilité. Réduire le déficit de protection nécessite des produits paramétriques, un partage public-privé et une réassurance publique.

  • Les politiques d’adaptation à la chaleur en Europe restent davantage centrées sur la compensation des pertes que sur leur prévention. Selon le GIEC, combler le déficit d’adaptation requiert une action coordonnée sur le travail, les bâtiments, les finances publiques et les ménages. La protection des travailleurs nécessite des seuils de chaleur, des restrictions automatiques et une indemnisation élargie, encore absents en Europe. Le bâtiment reste incomplet malgré la révision européenne, faute de normes anti-surchauffe, de rafraîchissement passif et d’adaptation des réseaux électriques.

  • Sur le plan des finances publiques, la plupart des économies européennes disposent de stratégies nationales d’adaptation, mais rares sont celles qui les ont intégrées dans des cadres budgétaires pluriannuels. Les politiques actuelles reposent surtout sur des réponses d’urgence, sans réduire la vulnérabilité structurelle. Le principal angle mort concerne les ménages : malgré 40 000 milliards d’euros d’actifs financiers, une large part du logement reste inadaptée aux fortes chaleurs. Mobiliser l’épargne pour rénovation, rafraîchissement passif et solutions paramétriques pourrait combler le déficit d’adaptation. Mais l’épargne privée ne suffit pas : les ménages les plus exposés ne sont pas les plus riches. Des garanties publiques et mécanismes redistributifs sont nécessaires pour limiter les inégalités climatiques.


ICYMI

Rapport mondial sur l’assurance 2026 Allianz

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Par Ludovic Subran