Kessel

Élections anticipées en France, Taux US, Equity Risk Premium

Dans cette édition, on parle des conséquences économiques à prévoir en cas de gouvernement RN en France, mais aussi des baisses de taux de la Fed et de l'Equity Risk Premium.

Ludonomics
4 min ⋅ 19/06/2024

Bonjour, et bienvenue dans Ludonomics, la newsletter sur ce qui fait bouger l’économie mondiale. Je suis Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur Allianz. Je vous donne rendez-vous toutes les semaines dans votre boîte mail. Suivez-moi également sur X.


Le Briefing 

Dans cette édition, on se penche sur les conséquences économiques d’un gouvernement dirigé par le RN au lendemain du deuxième tour des législatives. 

CHIFFRES • Le Parlement européen est désormais l’un des plus polarisés de l’histoire de l’UE, l'extrême droite ayant capté près d'un quart des sièges.

  • C’est en France que ces élections ont provoqué un séisme politique, car le Rassemblement National (RN) a remporté gros avec 31,4% des voix. 

  • Renaissance essuie une lourde défaite (14,6% des voix), enfonçant le clou d’une situation parlementaire difficile et poussant le président Macron à convoquer des élections législatives anticipées. 

  • Cette situation rappelle les turbulences politiques de l'Italie en 2018, où l'incertitude a entraîné une forte volatilité économique

CAC40 EN BERNE • L'annonce des élections anticipées a surpris les marchés financiers, augmentant la prime de risque sur l’euro et les obligations d'État françaises. 

  • Le CAC 40 a chuté de 2,7 %, surpassant la baisse de 1,7 % de l'Euro Stoxx 50. L’euro a également perdu 0,9 %. 

  • Le spread franco-allemand (c-à-d la différence entre les taux de la dette française et allemande) a augmenté à 21,7 points de base (+0,21%). 

  • Les investisseurs craignent une volatilité accrue et un possible dérapage budgétaire. 

RÉPARTITION DES SIÈGES • Les sondages indiquent une possible formation d'un gouvernement minoritaire RN, avec 235 à 265 sièges, en dessous de la majorité absolue de 289 sièges. 

  • Toutefois, le RN se heurterait à l’opposition farouche de l’opposition, qui pourrait s’allier pour former une motion de censure et renverser le gouvernement. 

  • Il est donc probable qu’en cas d'absence de majorité absolue, un gouvernement technocratique minoritaire émerge en gestionnaire jusqu’aux présidentielles de 2027. 

PROJECTIONS DU RN • Marine Le Pen a déclaré qu'elle travaillerait avec Emmanuel Macron si son parti devenait dominant. Toutefois, la conjoncture économique d’une législature extrême-droite inquiète. 

  • Le programme du RN se chiffre à environ €18 Mds (0,7% du PIB) de dépenses nouvelles — en excluant la nationalisation des autoroutes et l’abandon de la réforme des retraites, réformes qui n’aboutiraient vraisemblablement pas. 

  • Les taux d’intérêt pourraient grimper à 3,5 % en 2025, et rester au-delà de 3% en 2026, impactant négativement les marchés financiers et la croissance économique

  • Les actions chuteraient de 10 % à la fin de 2024 et resteraient faibles jusqu'en 2026. 

  • Les estimations montrent que la croissance du PIB serait de 1 % en 2025 (-0,3 points de pourcentage de moins que prévu avant l'élection)

  • L'effet de stimulation de la croissance de l'expansion budgétaire est plus que compensé par le resserrement des conditions de financement et la baisse de confiance qui frappe les dépenses privées.

CONTAGION EUROPÉENNE • Depuis sa défaite aux présidentielles de 2017, le RN a abandonné l’idée de quitter l’Union européenne. 

  • Même en cas d’un gouvernement majoritairement RN, la fragmentation de l’UE n’est pas à craindre, et le chaos français ne devrait pas peser sur le cours des obligations européennes.

  • Le marché des obligations souveraines est devenu très attrayant pour les investisseurs internationaux depuis que les attentes envers la BCE restent inchangées, prévoyant une réduction de taux en 2024. Après la chute des cours, les rendements en dehors de la France ont rapidement rebondi 

La crise politique en France met en évidence la mauvaise toile de fond fiscale de la France et renforce la confiance dans les pays dont les perspectives économiques sont plus favorables.   


Collaboration commerciale avec Interbev

Cette semaine, avec le site Agriculture-circulaire, nous vous proposons de découvrir le récit fascinant de Florence Wuillai, designer textile. “J’ai choisi d’explorer les fibres naturelles, persuadée qu’elles détiennent certaines réponses pour envisager notre avenir. Lorsque j’ai appris la technique du feutre de laine, j’ai eu un véritable coup de foudre”, déclare cette experte du monde de la laine. Florence revient sur les propriétés extraordinaires de la laine, et sur la manière dont l’homme a domestiqué le mouflon il y a 10 000 ans — ce à quoi on doit le mouton. Jusqu’à la première moitié du XXe siècle, la laine était une véritable source de revenu pour l’éleveur, parfois plus que la viande, rappelle Wullai, avant d’expliquer comment elle a décidé de s’orienter principalement vers des éleveurs qui ont une pratique d’élevage en plein air, sans intrants chimiques. Découvrez l’intégralité de l’article sur ce lien.


In Case You Missed It 

FED La Fed ne prévoit plus qu'une seule baisse de taux cette année, alors que l’inflation états-unienne — bien qu'en baisse — reste élevée.

  • La Fed ne prévoit qu’une seule baisse de taux de 25 points de base cette année, contre trois attendues en mars. 

  • Ce changement est lié à des pressions sur les prix trop élevées, tandis que l’inflation a reculé en mai aux États-Unis, à +3,3 % sur les 12 derniers mois, contre +3,4 % en avril.

  • La Fed devrait entamer sa baisse des taux en décembre, pour les porter à 4% fin 2025. Si elle agit plus tôt, la Fed risque d’alimenter un nouveau cycle inflationniste et d’être accusée de politisation, avant les élections, par le camp républicain.

  • Les ménages pâtissent des taux d’intérêt élevés, ce dont témoigne le taux d'impayés sur les prêts à la consommation qui a atteint 2,7 % au T1 2024 — au plus haut depuis 2012. 

En dépit du maintien des taux à un niveau élevé, les conditions monétaires et financières ne sont pas aussi strictes qu'elles le paraissent. Cette énigme des conditions financières faciles contrarie la Fed.

  • La base monétaire est supérieure de près de 70 % au niveau atteint fin 2019. 

  • Cette forte augmentation s'explique en partie par l'augmentation des prêts accordés par les institutions financières non bancaires. 

  • En outre, les ménages disposent de liquidités abondantes, équivalant à plus de 88 % de leur revenu disponible, contre 75-78 % au cours des années précédant la pandémie.

  • La liquidité devrait commencer à se contracter au début du T4 2024, lorsque la Fed poursuivra son resserrement quantitatif. 

EQUITY RISK PREMIUM • Depuis 2020, les marchés boursiers ont enregistré des rendements supérieurs à la moyenne (hormis 2022), malgré la stagflation et des vents économiques contraires qui persistent en 2024. 

  • Cet élan haussier défie les conventions liées aux métriques de la prime de risque des actions (“Equity Risk Premium”, ERP), qui suggèrent une hausse de prime de risque à payer pour les investisseurs, en particulier américains. 

  • Aux États-Unis, l'ERP — défini comme la différence entre le rendement des actions et le taux sans risque (par exemple, les obligations d'État à long terme) — est de 0 %, ce qui signifie que les investisseurs ne sont pas (ou très peu) récompensés pour les rendements supplémentaires des investissements en actions, par rapport aux obligations d'État.

  • Une autre explication des disparités entre les deux zones est la différence de ratio cours/bénéfice. Ce ratio est élevé aux États-Unis comparé à l'Europe, ce qui rend les actions américaines plus chères par rapport aux actions européennes.

  • La prime de risque aux Etats-Unis se situe à 1%, une compensation extrêmement serrée, tandis qu’elle se situe entre 3 et 5% dans la zone euro.

Les indicateurs de prime de risque et d’ERP montrent que la performance actuelle des actions pourrait s’avérer être une prophétie auto-réalisatrice. La surcompensation des actions par rapport aux obligations pousse les investisseurs à se tourner vers les actions (alors même que leurs prix s’écartent des évaluations fondamentales). 

  • On observe malgré cela une forte résilience des bénéfices dans les secteurs thématiques de l’intelligence artificielle, la défense et la transition écologique. 

  • Il convient d’ajouter finalement que les changements politiques à venir et leur impact à long terme pourraient affecter durablement l’attractivité des rendements sans risque.


Lectures de la semaine

  • Ce policy brief de l’institut Bruegel présente des arguments en faveur du financement par les gouvernements développés de la transition du charbon vers le renouvelable des pays en développement.

  • La démotivation au travail coute £257Mds à l’économie britannique selon un article de Bloomberg, qui s’intéresse à la baisse vertigineuse des indices de motivation au travail des salariés britanniques.

  • Le Grand Continent reproduit le discours de Mario Draghi au monastère San Jeronimo de Yuste du 14 juin, à l’occasion de la remise du prix européen Charles Quint.


Merci à Constant Lacroix, Romane Huillet et Noé Villand pour leur aide dans la préparation de cette édition. A la semaine prochaine.

Ludonomics

Par Ludovic Subran

Les derniers articles publiés

L'éducation financière rapporte : bien investir ne se résume pas à l'IA

par Ludovic Subran   ⋅  03/08/2026 3 min

De la nécessité de comprendre les fondamentaux de la finance

Guerre commerciale 3.0 : un nouveau mur tarifaire, durable cette fois

par Ludovic Subran   ⋅  27/07/2026 3 min

L'économie sous l'emprise de la politique

Risque de super El Niño : inflation accrue en Asie, surproduction en Amérique latine mais peu de perturbations sur les marchés financiers

par Ludovic Subran   ⋅  20/07/2026 3 min

L'économie sous tension, d'El Niño au cycle de conversion de trésorerie (CCC)

Perspectives de mi-parcours 2026-2027 : l'intelligence artificielle maintient le résultat, la croissance ralentit à +2,5%

par Ludovic Subran   ⋅  13/07/2026 3 min

Intelligence artificielle, croissance et coût de de l'adaptation en Europe

Code, carbone, kilowatts : le coût caché de l'IA et la course pour verdir le réseau électrique

par Ludovic Subran   ⋅  06/07/2026 3 min

Dix ans après le Brexit : résilience sans renouveau

par Ludovic Subran   ⋅  29/06/2026 4 min

Accord américano-iranien : les marchés anticipent la paix, les économies paient encore le prix de la guerre

par Ludovic Subran   ⋅  22/06/2026 3 min

Du coup d’envoi au flux de trésorerie : Accompagner la Coupe du monde de football 2026 en tournée

par Ludovic Subran   ⋅  15/06/2026 3 min

Marché Matriochka : des convictions d’investissement imbriquées sur les actions

par Ludovic Subran   ⋅  08/06/2026 3 min

Trop chaud pour la croissance : les coûts économiques de la chaleur extrême

par Ludovic Subran   ⋅  01/06/2026 4 min