Kessel

L’état de la zone euro

Zoom sur les pays de la zone euro. Suivi d'un point sur l'égalité hommes-femmes et d'une analyse des effets de la hausse des taux d'intérêts sur les ménages à travers l'Europe.

Ludonomics
3 min ⋅ 13/03/2024


Bonjour, et bienvenue dans Ludonomics, la newsletter sur ce qui fait bouger l’économie mondiale. Je suis Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur Allianz. Je vous donne rendez-vous toutes les semaines dans votre boîte mail. Suivez-moi également sur X.


Le Briefing

L’économie de la zone euro inquiète, alors qu’un Pacte de stabilité et de croissance rénové doit entrer en vigueur courant 2025. Tour d’horizon de la situation économique de la zone euro.

PACTE • L’année 2024 était la dernière année de grâce. Le nouveau Pacte de stabilité et de croissance (PSC) devrait être approuvé par le Parlement européen en avril. Les nouvelles règles imposeront une trajectoire de réduction continue des déficits publics à partir de 202 pour une période allant de 4 à 7 ans. Mais l’état des déficits publics au sein de la zone euro suscite des inquiétudes quant à la capacité de nombreux Etats membres à satisfaire aux critères du Pacte.

L’OR DU RHIN • Malgré une succession de crises, l’Allemagne s’est embarquée dans une politique de réduction des déficits qui n’est appropriée ni d’un point de vue macroéconomique.

  • Le déficit public allemand s'établit à -2,1% en 2023.

  • Le ratio dette/PIB s’établit à 65,9% - et devrait baisser dans les années à venir.

Une décision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe fin 2023 a obligé le gouvernement à annoncer d’importantes coupes budgétaires :

  • L’Allemagne devra faire €17 Mds d’économies en 2024. Sur ces €17 Mds, le gouvernement va piocher €12,7 Mds dans le Fonds pour le climat et la transformation (KTF).  

  • Pour rappel, le KTF est un giga plan de €212 Mds dédié au financement de la transition énergétique adopté en 2023. Son mode de financement – un redéploiement de fonds Covid – a été retoqué par les juges constitutionnels de Karlsruhe.

Pour l’exercice fiscal 2024, le gouvernement a pu combler les trous en fléchant des réserves vers le budget. C’est en 2025 que l’exercice va se corser, avec un trou budgétaire d’environ €40 Mds à combler. L’Allemagne se retrouve face à deux forces contradictoires :

  • Faire des économies pour rentrer dans les clous des règles budgétaires

  • Stimuler une économie qui a besoin de dépenses publiques supplémentaires.

FRANCE • Une baisse de la croissance du PIB a conduit à une forte augmentation du déficit public.

  • Le déficit public a largement dépassé l’objectif fixé à 4,9% du PIB en 2023.

  • Le gouvernement vise un déficit à -4,4% du PIB en 2024. En février, le gouvernement a revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2024, de +1,4% à +1,0%.

En réaction, le gouvernement a annoncé d’importantes coupes budgétaires. Ce changement de cap est nécessaire pour préserver la crédibilité de la France sur les marchés obligataires.

  • Bruno le Maire a annoncé €10 Mds d’économies budgétaires, soit 0,4% du PIB.

  • Il s’agit de baisses de dépenses, et non de hausses d’impôts.

  • Avant ces annonces, le gouvernement tablait sur l’expiration des mesures de soutien au pouvoir d’achat en raison de la baisse des prix de l’énergie pour ramener le déficit à -4,4% du PIB.

La projection de +1,0% de croissance en 2024 semble encore un peu optimiste. Dans un scénario où la croissance s’établit à +0,7%, il faudra encore trouver environ €4 Mds pour combler les trous.

ITALIE • Le déficit public italien est lui aussi plus élevé que prévu, avec -7,2% en 2023 contre des prévisions à -5,3%. La faute en partie au très populaire « superbonus » instauré par Giorgia Meloni, une niche fiscale pour la rénovation des habitations.   

  • A la fin 2023, environ €102 Mds d’investissements dans des projets de rénovation étaient éligibles au crédit fiscal en vertu du Superbonus.

  • La facture pour les finances publiques s’établit à €112 Mds – le crédit d’impôt est de 110%.

Malgré le passif italien, les marchés obligataires ne semblent pas trop inquiets. Les spreads (la différence entre le taux d’emprunt italien et le taux allemand) n’ont pas bougé en réaction à l’annonce de chez chiffres.

  • Le ratio dette/PIB est en baisse (137,7% en 2023 vs. 155% en 2020) grâce à l’inflation élevée et une croissance plus dynamique que prévue.

MAIS AUSSI •

  • L’Espagne devrait continuer sa trajectoire actuelle de baisse graduelle des déficits publics. Le ratio dette/PIB devrait rester supérieur à 100% du PIB pour les 4 années à venir. Le déficit public devrait rester stable à environ 3,5% du PIB jusqu'en 2027.

  • 6 pays de la zone euro ne respecteront pas les règles actuelles du Pacte de stabilité et de croissance en matière de dette et de déficits publics en 2025 : la France, l'Espagne, l’Italie, la Belgique, la Finlande et la Slovaquie. 


Inter Alia

EGALITÉ H/F • Dans les pays de l’OCDE, la condition des femmes s’est nettement améliorée dans plusieurs domaines depuis les années 1990. Par exemple, leur représentation dans les parlements nationaux a plus que doublé, passant de 16% à 32.5% aujourd’hui. Si cette part est nettement inférieure à 50%, la progression reste non-négligeable.

Dans d’autres domaines, en particulier économiques, l’égalité hommes-femmes progresse moins rapidement. Le taux de participation des femmes à la population active était de 48% en moyenne en 1993 dans les pays de l’OCDE, contre seulement 53% aujourd’hui, soit une évolution minime. 

Le travail domestique non rémunéré reste très important : dans les pays de l’OCDE, chaque jour, les femmes consacrent en moyenne 2 heures de plus à du travail domestique non rémunéré par rapport aux hommes.

L’écart de rémunération entre les hommes et les femmes n’a connu qu’une faible amélioration durant les trois dernières décennies, passant de 18,9% à 12,1%. Une grande partie de cet écart de rémunération est liée aux types de contrats, aux pauses durant la carrière et au domaine de travail.

A ce rythme, nous aurons besoin de : 

  • 46 ans pour fermer l’écart au niveau du taux de participation dans la population active.

  • 93 ans pour fermer l’écart de rémunération.

  • 33 ans pour fermer l’écart de représentation politique.

TAUX D'INTÉRÊTS • Les ménages européens ont-ils bénéficié de la hausse des taux d’intérêts ? La réponse dépend des pays. 

En moyenne, les Allemands et les Français en ont tiré profit : au cours de l'année 2023, les revenus d'intérêts ont augmenté respectivement de 163 euros et 207 euros par habitant, contre seulement 70 euros et 49 euros pour les paiements d’intérêts – soit un bénéfice de 93 euros (Allemagne) et 158 euros (France) pour les ménages.

La situation est inverse en Italie et en Espagne, qui ont connu une détérioration significative de la balance des intérêts (à hauteur de 73 euros et 164 euros par habitant, respectivement).

Comment expliquer cela ? 

  • En Allemagne, ces revenus sont à attribuer à l’attitude des épargnants, dont les dépôts à terme (plus rémunérateurs que des dépôts à vue car l’argent est bloqué sur le compte) ont augmenté de plus de 270 milliards d'euros (soit 3 280 euros par habitant), soit une hausse de près de 90 % en un an. 

  • En France, ce transfert vers des dépôts à terme a été moins prononcé (+15%) principalement car les dépôts à terme n’ont qu’un rôle minime chez les ménages français : seuls 30% de leurs dépôts y sont placés (contre 63% en Allemagne, 69 % en Italie et 87 % en Espagne). 

En Allemagne et en France, la proportion des prêts à taux variable est très faible, contrairement à l’Espagne et à l’Italie où leur proportion reste très élevée (17,7% en Espagne et 40,6% en Italie) bien qu’en diminution. Si la part des dépôts à terme augmente chez les ménages italiens et espagnols, leur somme reste faible comparé aux ménages français et allemands.


Les lectures de la semaine

  • En février, de nombreuses régions d'Europe centrale et orientale ont enregistré des températures moyennes supérieures de plus de 7°C à la moyenne 1991-2020, souligne le FT.

  • Le FT décrit le cycle d'investissement remarquable de l'Italie, dopée aux fonds européens.

  • Sur X, Robin Brooks, Senior Fellow chez Brookings, souligne la corrélation entre élections et dévaluations.

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Ludonomics

Par Ludovic Subran

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