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La BCE baisse les taux

La BCE baisse ses taux, une première depuis 5 ans. Aussi dans cette édition : l'OAT français après la dissolution de l'Assemblée nationale, l'effet de NextGenEU sur l'Europe du Sud, et les performances du secteur aérien.

Ludonomics
3 min ⋅ 12/06/2024

Bonjour, et bienvenue dans Ludonomics, la newsletter sur ce qui fait bouger l’économie mondiale. Je suis Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur Allianz. Je vous donne rendez-vous toutes les semaines dans votre boîte mail. Suivez-moi également sur X.


Le Briefing

Le 6 juin, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a adopté une baisse de 0,25 point de ses trois taux d’intérêts directeurs, avec un objectif de rétablissement du niveau d’inflation à 2% d’ici 2026 (2,4% en juin 2024). Le taux de dépôt passe ainsi à 3,75%, le taux de refinancement à 4,25% et le taux de la facilité de prêt marginal à 4,50%. 

C’est la première fois que la BCE baisse ses taux depuis 5 ans, après les avoir augmentés 10 fois entre l’été 2022 et l’été 2023. Cette baisse était attendue : elle avait été pré-annoncée par Christine Lagarde, la présidente de la BCE, ainsi que par de nombreux gouverneurs. 

ÇA VA MIEUX • Il y a deux ans, la BCE entérinait une première hausse des taux d’intérêt afin de juguler l’inflation et son risque de permanence. La situation s’est désormais nettement améliorée — l’économie européenne reprend son élan, hormis le secteur des services. 

Cette baisse des taux facilitera le refinancement des Etats, les crédits à la consommation et les prêts immobiliers. La décision de la BCE soutiendra la relance générale de la zone euro, qui connaît de nouveau une croissance au premier trimestre 2024 (0,3%) et un taux de chômage très bas (6,4%).  

ET APRÈS ? • Le conseil des gouverneurs a mis les choses au clair : les prochaines éventuelles baisses des taux seront décidées réunion après réunion, en se basant sur les derniers chiffres disponibles.

Compte tenu de la légère hausse de l’inflation au mois de mai — la première de l’année — il est probable que la BCE fasse une pause en juillet et attende septembre pour la prochaine hausse des taux.

Par la suite, les incertitudes géopolitiques autour des élections américaines, des taux d’inflation légèrement plus élevés en raison d’effets de base défavorables, pousseront probablement la BCE à repousser le reste du cycle de détente au début de l’année 2025.

Chez Allianz, nous maintenons donc position, à savoir seulement deux baisses des taux en 2024 et un taux terminal de 2,5 % qui sera atteint courant 2025.


In Case You Missed It 

ÉLECTIONS • La dissolution de l’Assemblée nationale en France, à la suite des élections européennes, agite les marchés. 

  • Les rumeurs (démenties) d’une démission du Président de la République ont provoqué un mouvement de vente des bons du Trésor français, signe de la fébrilité des investisseurs. 

  • Les OAT (obligations assimilables du Trésor) à 10 ans ont augmenté de 10 points de base en début de semaine (soit +0,1%). Le spread entre l’OAT et le bund allemand s’est creusé. Traduction : les investisseurs ont acheté des obligations allemandes et vendu des obligations françaises. 

  • Comme le note Bloomberg, le spread franco-allemand (150 bps, i.e. 1,5%) a atteint son plus haut niveau depuis 2020. 

L’incertitude est décuplée après la dégradation le mois dernier de la note souveraine de la France par l’agence Standard & Poor's (S&P), face aux perspectives négatives du déficit français. 

  • Le lancement par la Commission européenne de la procédure pour déficits excessifs (PDE) en pleine campagne pour les législatives françaises pourrait — si elle avait lieu — créer d'importants remous politiques. 

NEXT GENERATION EU • La croissance des économies méditerranéennes dépasse la moyenne de la zone euro grâce à l’essor de l’activité touristique, à des mesures fiscales telles que le Superbonus en Italie et à l’argent européen. 

  • Fin T1 2024, l'activité économique en Italie, en Espagne, au Portugal et en Grèce se situait entre 3,7 % et 6,3 % au-dessus des niveaux de fin 2019 (contre 3,5 % pour l'ensemble de la zone euro).

  • Le tourisme compte pour 7 à 11% du PIB en Croatie, au Portugal et en Espagne, contre une moyenne estimée à 4,5% dans le reste de l’UE. Des mesures de soutien fiscal déployées nationalement, comme le crédit d’impôt Superbonus pour les rénovations énergétiques en Italie, soutiennent également cette croissance. 

Le plan de relance NextGenerationEU permet la mise en place de réformes longtemps retardées. Elles sont vitales pour assurer une croissance de long terme et accroître la compétitivité des pays méditerranéens.

  • À mi-parcours de la fenêtre de décaissement du NGEU (2021-2026), l’Italie a reçu 50% des fonds alloués, 42% pour la Grèce et 35% pour le Portugal.

  • 65% des fonds restent à être versés dans les prochains trimestres : des effets de rattrapage et des retombées positives sont attendus d’ici à 2026. 

  • Entre 1,5 et 2,0 points de pourcentage du PIB Italien sur la période 2021-23 seraient directement liés à la contribution du NGEU. 

  • NGEU a le potentiel d'augmenter le PIB réel de l'UE jusqu'à 1,4 % en 2026, selon la Commission Européenne. 

AÉRIEN • L’inflation et le ralentissement économique à l’échelle mondiale n’ont pas tari l’envie de voyager. 

  • On comptabilise 1,3 milliards de voyageurs internationaux en 2023, en progression de 33% par rapport à 2022.  

  • Au T1 2024, on comptabilise 285 millions de voyageurs internationaux, soit 97% du niveau pré-Covid. Le nombre de passagers dans le monde devrait atteindre un niveau de croissance record de 10.4% en 2024 (versus 2023) avec l’Asie-Pacifique et l’Amérique du Nord en tête. 

  • La contraction des chaînes d’approvisionnement durant la pandémie se couple au ralentissement de la production de Boeing post incidents de sécurité et pèse sur les capacités des compagnies aériennes. Leurs flottes sont également réduites par le retrait du marché des appareils de plus de 23 ans (4 ans plus tôt qu’avant la pandémie). 

L'industrie aéronautique est le seul secteur dont la reprise ne montre aucun signe de ralentissement malgré l'affaiblissement des perspectives économiques mondiales. 

  • Ni le télétravail (qui devait porter un coup à l’aviation d’affaires) ni les préoccupations environnementales ne semblent ralentir l’envie de vacances. Les consommateurs sont prêts à payer plus pour des expériences. 

  • La croissance globale des revenus pour l’industrie est projetée à une hausse de +6.5% par rapport à l’année passée. Avec une demande toujours plus élevée et des contraintes de capacité, la saison des vacances de l’été 2024 sera plus chère que d’habitude.

Les billets d’avions resteront chers tant que les compagnies aériennes seront en manque d’appareils. 

  • La contraction de l’offre d’avions s’explique par (i) les problèmes de supply chain que connaît l’industrie depuis la pandémie de Covid-19; (ii) le ralentissement de la production de Boeing à la suite des incidents de sécurité; et (iii) les normes environnementales poussent les lignes à mettre leurs appareils à la retraite en moyenne après 23 ans versus en moyenne après 27 ans avant 2020. 

  • La rentabilité est variable selon les régions, en raison de la géopolitique du pétrole. Le prix du kérosène — principal coût d’exploitation des compagnies — est extrêmement variable d’une région à l’autre. 


Les lectures de la semaine

  • Le PIB mondial pourrait être plus élevé que ce que l’on pensait, de l’ordre de $7000 milliards. Cet article de The Economist revient sur les petits calculs de la Banque mondiale. 

  • Le Financial Times revient avec une série de graphiques sur les 14 années de gouvernement conservateur au Royaume-Uni. 


Merci à Romane Huillet et Constant Lacroix pour son assistance dans la rédaction de cette édition. A la semaine prochaine !


Ludonomics

Par Ludovic Subran

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