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Déficits excessifs, Nouveau Front Populaire, et surcapacités chinoises

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Ludonomics
3 min ⋅ 27/06/2024

Bonjour, et bienvenue dans Ludonomics, la newsletter sur ce qui fait bouger l’économie mondiale. Je suis Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur Allianz. Je vous donne rendez-vous toutes les semaines dans votre boîte mail. Suivez-moi également sur X.


Le Briefing

CONTEXTE • En pleine tourmente politique en Europe, la Commission européenne a lancé la procédure concernant les déficits excessifs (PDE) pour sept pays ne respectant pas la limite de déficit budgétaire à 3% du PIB : l’Italie (7,4% du PIB), la France (5,5% en 2023), la Belgique, la Hongrie, Malte, la Pologne et la Slovaquie. 

  • Les règles fiscales de l’UE ont été suspendues pendant la pandémie, et sont à nouveau appliquées après avoir été réformées. Des clauses donnant une plus grande marge de manœuvre pour les investissements dans le domaine de la défense ont notamment été implémentées. 

  • La décision de la Commission n’est qu’une étape préparatoire. Ce sera au Conseil de l’UE de reconnaître formellement que ces pays ont un déficit excessif. 

APPLICATION • La mise en exécution de cette procédure réformée et l’application des sanctions dans le cadre du volet correctif restent toutefois à prouver. 

  • Le cadre réformé doit reprendre là où l’ancien modèle non coercitif a échoué, mettant en jeu sa crédibilité. 

  • Le nouveau cadre fiscal de l’UE promet une meilleure mise en application via un système d’amendes en cas de non-respect. Toutefois, si des amendes venaient à être décidées, leur concrétisation ne semble pas s’inscrire dans un avenir proche. 

La BCE a lancé un pavé dans la marre en déclarant qu'elle pourrait exclure des pays de son nouveau programme d'achat d'obligations s'ils n'agissent pas conformément aux recommandations de la PDE. 

La période de transition offre une certaine flexibilité. Par exemple, les paiements d'intérêts peuvent être exclus initialement du chemin correctif d'une PDE, donnant aux gouvernements actuels une marge d'ajustement. 

CONSÉQUENCES • La perspective d’une procédure pour déficit excessif suscite des inquiétudes. 

  • L’Italie devra ajuster son équilibre structurel d'environ 1 % du PIB par an et pourrait faire face à des amendes allant jusqu'à 0,05 % du PIB en cas de non application des règles. 

  • Le déficit budgétaire (7,4% du PIB) — creusé des années de crédits d’impôts généreux et non ciblés —  doit être réduit. 

En Europe centrale et orientale (PECO), le risque de crise des finances publiques à court terme est faible. 

  • Les pays hors zone euro (Pologne, Hongrie, Roumanie) sont exemptés d'amendes pour non-conformité au PDE.

  • À court terme, les risques fiscaux sont contenus par la fin de la crise énergétique, l’amélioration des perspectives de croissance, des mesures de consolidation fiscale et des taux d’intérêts en baisse.

  • À moyen terme, les inquiétudes sont nourries par des déficits persistants à plus de 4,5% du PIB, une augmentation récente des coûts d’intérêts de la dette, des pressions sur les dépenses publiques liées aux engagements militaires, et au vieillissement de la population. 

HEXAGONE • Après les élections parlementaires, le déficit devrait demeurer au-dessus de 4,5 % du PIB d'ici 2025-26. 

  • Les programmes du Rassemblement National et du Nouveau Front Populaire sont tous deux incompatibles avec les trajectoires budgétaires requises par les engagements européens de la France.

  • Pour stabiliser l'économie française, le think tank Bruegel estime que les dépenses annuelles doivent être réduites de 0,94% du PIB sur quatre ans, et 0,54 % du PIB sur sept ans soit environ 15,7 milliards d'euros en 2024. 


In Case You Missed It

NFP • À l’approche des élections législatives, les sondages donnent l’alliance LR-RN en tête (33%), suivie de près par le Nouveau Front Populaire (NFP) (28%), loin devant la majorité présidentielle (18%). 

  • D’après les calculs d’Allianz, le programme économique du NFP entraînerait €125 Mds nouvelles dépenses — 142 milliards d'euros avec l’abrogation de la réforme des retraites — financées par des augmentations d'impôts de 92 milliards d'euros.

  • Ce programme verrait l’écart de rendement des obligations d’État françaises par rapport aux obligations allemandes (le spread) augmenter jusqu’à environ 120 points de base (+1,20%) en 2024, soit près du double de l’augmentation attendue sous un gouvernement d’extrême droite. 

  • On peut également s’attendre à un choc baissier pour le CAC40. 

Les dépenses ambitieuses du programme de l’alliance de gauche devraient être en théorie financées par une augmentation sensible de la fiscalité, avec notamment : 

  • La taxe sur les superprofits

  • La création d’un impôt sur la fortune incluant une disposition écologique 

  • L’augmentation des droits de succession.

En termes de grands équilibres macroéconomiques: 

  • Le PIB baisserait de l’ordre de 0,3% en 2025 en cas de victoire du NFP 

  • Le déficit public dépassant les 6%. 

La hausse des salaires, point central du programme du NFP, ne stimulerait pas la croissance via la consommation des ménages puisqu’elle serait contrebalancée par une hausse des licenciements et une baisse de la compétitivité des entreprises.

CHINE • Le G7 s'inquiète des surcapacités chinoises, qui touchent des secteurs stratégiques 

  • Réunis dans le sud de l’Italie le 14 juin, les leaders du G7 ont reconnu le besoin de renforcer la coordination entre ces pays amis face aux déséquilibres économiques mondiaux causés par les surcapacités chinoises.

  • Ces surcapacités sont symptomatiques d’un déséquilibre structurel du modèle économique chinois : centré sur l’offre mais disposant d’une demande intérieure faible. Le taux d’utilisation de la capacité industrielle chinoise a chuté, passant de 77,2% au début de l’année 2021 à 73,6% au début de l’année 2024, un niveau historiquement bas. 

  • Les secteurs de l’automobile et des machines électriques sont particulièrement touchés, avec des taux d’utilisation de capacité qui passent respectivement sous les 73% et 65% au début de l’année 2024. 

L'écart entre les prix domestiques et les prix à l'exportation permet aux exportateurs chinois d'accroître leur compétitivité prix — ce qui permet de gagner des parts de marché à l'étranger, ou de compenser des hausses de droits de douane.

  • Cette dynamique pousse les entreprises chinoises à réduire leurs marges pour préserver leurs parts de marché face aux autres compétiteurs chinois. Dans ce contexte, le nombre d’entreprises déficitaires est en augmentation.

  • Malgré une demande extérieure en déclin, les prix à l’exportation chinoise sont repartis à la hausse fin 2023. L’excédent commercial de la Chine devrait augmenter avec un rebond de la part de marché mondiale des exportations chinoises début 2024.

Face aux barrières commerciales aux USA et Europe, la Chine détourne ses investissements vers de nouveaux partenaires — surtout Singapour, la Thaïlande et la Malaisie. 

  • Entre 2024 et 2025, 41 nouveaux projets manufacturiers et logistiques chinois devraient voir le jour au Mexique, et 39 autres ont été annoncés au Vietnam. 

  • Dans le secteur des véhicules électriques, les pays d’Amérique latine comme le Brésil et le Mexique sont les principaux destinataires.


Lectures de la semaine

  • Le Financial Times donne quelques clés de lecture sur le débat Trump-Biden qui se tient aujourd’hui. 

  • Bloomberg s’intéresse à la nouvelle flottille fantôme russe de navires de transport de LNG. 

  • The Economist se penche sur l’avenir radieux des panneaux solaires. 

Ludonomics

Par Ludovic Subran

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