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Le monde vote.

Dans cette édition, nous revenons sur les élections en Afrique du Sud, au Mexique, au Royaume Uni et pour les européeenes

Ludonomics
3 min ⋅ 05/06/2024

Bonjour, et bienvenue dans Ludonomics, la newsletter sur ce qui fait bouger l’économie mondiale. Je suis Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur Allianz. Je vous donne rendez-vous toutes les semaines dans votre boîte mail. Suivez-moi également sur X.


Le Briefing

L’African National Congress (ANC) a perdu la majorité relative en Afrique du Sud. C’est une première depuis la fin de l’apartheid et l’élection de Nelson Mandela en 1994. 

COALITION • C’est un net recul pour l’ANC, qui tombe à un peu plus de 40% des voix, soit 17 points de moins que lors des élections de 2019. 

Le président Cyril Ramaphosa (ANC) a entamé des discussions en vue de la formation d’un gouvernement d’une coalition. 

  • Le principal parti d’opposition (Democratic Alliance, DA) comptabilise 22% des suffrages, suivi par les très radicaux MK Party de l’ex-président Jacob Zuma (14.6%) et le Economic Freedom Fighters Party (9.5%) de Julius Malema. Aux dernières nouvelles, une alliance avec la Democratic Alliance semble la plus probable. 

  • Le MK et l’EFF sont des mouvements dissidents de l’ANC, qui ont pris leur envol en 2023 et en 2013 respectivement. La chute de l’ANC est attribuable aux gains du MK et de l’EFF sur l’électorat traditionnel du parti qui a donné 5 présidents à l’Afrique du Sud post-apartheid .

DETTE • L’instabilité électorale inédite qui frappe l’Afrique du Sud va sans doute augmenter le coût de financement de la dette publique. 

  • Le ministre de l’économie Enoch Godongwana s’est voulu rassurant, indiquant que l’ANC entendait privilégier la continuité dans ses négociations: “nous ne ferons pas de décisions irréfléchies”, a-t-il déclaré, soulignant l’importance pour l’Afrique du Sud de conserver la confiance des investisseurs.   

  • La dette publique a fortement augmenté, passant d’environ 23.5% du PIB en 2008 à 74% en 2023. Sous la présidence Ramaphosa, la dette publique a progressé de 25 points (environ 50% à 74% du PIB). 

  • L’Afrique du Sud émet de la dette à plus de 10.8%, pour des obligations à 10 ans de maturité. 

Pour voir le bon côté de la pièce : 

  • Le déficit budgétaire primaire (qui exclut les intérêts et les revenus d’actifs financiers) est passé de -1% en moyenne sous Jacob Zuma (2009-2018) à l’équilibre — voire un très léger excédent — en 2022/2023.

  • L’endettement en devises étrangères est modéré (12% de la dette) et principalement libellé en dollars US, grâce un marché obligataire domestique développé. 

PROBLÈMES DE FOND • Les problèmes économiques de l’Afrique du Sud sont structurels : 

  • La croissance est en berne. L’économie n’a presque pas cru (1.8% au total) depuis la prise de fonction de Ramaphosa en 2019. Le taux de croissance annuel n’a pas dépassé les 3.2% entre 2009 et 2018, sous la présidence de Jacob Zuma marquée par les scandales financiers et de corruption, notamment autour du fournisseur national d’électricité Eskom. 

  • Le chômage progresse constamment. Il est passé de 24% en 2009 à 32% en 2023. Parallèlement, les dépenses sociales augmentent fortement — la moitié des foyers reçoivent des aides sociales et elles représentent la première source de revenus pour un foyer sur cinq. 

  • Le PIB par habitant de l’Afrique du Sud décroche clairement. Comme le note une très bonne infographie du FT, le PIB par tête était 2 fois supérieur à la moyenne des pays émergents en 1994 — l’Afrique du Sud devrait passer sous la moyenne cette année. 

  • Les mauvaises performances de l’économie sud-africaine ont entretenu une baisse du rand face au dollar, ce qui a alimenté une inflation relativement élevée. 


In Case You Missed It 

LE POULS DE L’EUROPE • Pour la  6e édition de l’Allianz Pulse, nous avons interrogé plus de 6 000 personnes en Allemagne, France, Italie, Espagne, Pologne et Autriche quelles étaient leurs opinions avant le scrutin des 6-9 juin. 

  • L'inflation, le coût de la vie, le chômage et la santé sont les sujets prioritaires. La plupart des opinions publiques sont inquiètes quant aux perspectives économiques. 

  • Les objectifs de l’UE en matière de transition climatique sont un facteur de division, avec une opposition plus marquée chez les seniors. 

  • Les degrés de polarisation politique varient fortement. Si 82% des allemands et des autrichiens se considèrent du centre (centre, centre droit, centre gauche), seuls 49% des français s'identifient ainsi. 

  • Plutôt que l'alignement avec un bloc géopolitique, la majorité des sondés préféreraient soit un statu quo géopolitique soit l’émergence de l’UE comme une troisième puissance. 

SUNAK OUT •  Pour la première fois depuis 14 années de gouvernement conservateur, le retour du parti travailliste est probable pour les élections du 4 juillet. Les travaillistes ont dix points d’avance, selon les sondages. 

  • La campagne gravite essentiellement autour de l’énergie, du climat, de la santé, de l’éducation et de la sécurité. 

  • La priorité absolue est attribuée des deux côtés au redressement du déficit public, une ambition traduite par la probable consolidation des politiques fiscales peu importe le scénario. L’investissement public baissera (de 2.6% du PIB en 2023-24 à 1.8% en 2028-29). 

  • Côté fiscalité, on peut s’attendre à une hausse de l’imposition des plus-values des sociétés de capital investissement, des bénéfices exceptionnels des grandes entreprises énergétiques, une augmentation des impôts sur les géants de l’internet et un resserrement du contrôle de l’évasion fiscale.

  • Le plan d’investissement vert serait certainement révisé à la hausse (28 milliards de livres), ainsi qu’un doublement de l’investissement dédié aux dépenses à la NHS (National Health Service). 

  • Les deux partis souhaitent réduire l’immigration, ce qui risquerait d’aggraver encore les pénuries de main-d'œuvre dans certains secteurs comme la santé et les soins sociaux, et conduire à une réduction de -0.5 point de pourcentage de croissance d’ici 2029. 

MEXIQUE Claudia Sheinbaum, la maire de Mexico, a remporté haut la main les élections législatives au Mexique, ce qui lui permet d’accéder à la présidence avec un majorité confortable. Le Mexique fait face à une nette détérioration des finances publiques. 

  • Le déficit budgétaire global a atteint 4.3% du PIB et le déficit primaire continue de se creuser cette année (-1.1% du PIB en mars). La dette publique environne les 53% du PIB.

  • Un resserrement des politiques fiscales est attendu — sans toutefois passer par une augmentation nette des impôts. Sheinbaum mise sur une amélioration du niveau d’efficacité de la collecte et de l’administration. 

  • Ses politiques fiscales s'accompagneraient d’une baisse générale des subventions, et notamment à Pemex, l’entreprise pétrolière nationale en grande difficulté.

  • L’inflation devrait dépasser la fourchette des 4%, ce qui conduirait la banque centrale en réponse à maintenir un taux d’intérêt directeur de 11% pour atténuer l’inflation. Le taux d’intérêt moyen sur la dette publique devrait dépasser la croissance nominale du PIB, nécessitant un excédent primaire de 0.5% du PIB pour stabiliser le ratio de la dette. La banque centrale du Mexique est particulièrement conservatrice, une position qui permet au peso mexicain de s’apprécier par rapport au dollar.

  • La réussite et l’ambition des politiques industrielles de Scheinbaum sont largement tributaires des relations bilatérales avec les USA, notamment la construction d’une centaine de nouveaux parcs industriels et le développement de nouveaux hubs. 

  • Bien qu’à l’abri des sanctions américaines, la croissance mexicaine pourrait pâtir d’un effet indirect des tensions entre la Chine et les US. 


Lectures de la semaine

  • Cet excellent article de The Economist revient sur les changements économiques et politiques de l’Afrique du Sud, 30 ans après la fin de l’apartheid. 

  • Le Financial Times consacre un Big Read aux relations politiques entre Giorgia Meloni et Marine le Pen, dont l’alliance (ou pas) auront un rôle clé à l’issue des élections européennes. 


Merci à Constant Lacroix pour son assistance dans la rédaction de cette édition. A la semaine prochaine !

Ludonomics

Par Ludovic Subran

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