Bonjour, et bienvenue dans Ludonomics, la newsletter sur ce qui fait bouger l’économie mondiale. Je suis Ludovic Subran, chef économiste et CIO de l’assureur Allianz. Je vous donne rendez-vous toutes les semaines dans votre boîte mail. Suivez-moi également sur X.
• Les marchés du travail américain et européen semblent globalement solides, avec des taux de chômage proches de leurs plus bas historiques. Cependant, trois dynamiques sous-jacentes ( politique migratoire, choc des prix de l’énergie et intelligence artificielle) bouleversent cette stabilité apparente. La demande de travail ralentissait déjà avant la crise au Moyen-Orient, avec une baisse des postes vacants et un ralentissement des embauches dans un contexte d’incertitude et de tensions commerciales. Le durcissement des politiques migratoires aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne accentue cette tendance. La réduction des flux migratoires se traduit rapidement par une baisse de l’emploi. Aux États-Unis, l’immigration est passée de plus de la moitié de la création d’emplois en 2024 à une contribution quasi nulle en 2025, pesant sur la croissance potentielle et générant des tensions de main-d’œuvre, tout en limitant temporairement la hausse du chômage.
• Le choc iranien affectera les marchés du travail de manière inégale selon l’exposition énergétique des pays et la durée du conflit. Globalement, la hausse du chômage resterait limitée, entre +0,1 et +0,3 point de pourcentage. Si la crise se résout d’ici fin mai, l’impact sur le chômage resterait limité, touchant surtout les économies européennes les plus exposées, avec une hausse maximale de +0,1 point, soit environ 102 000 emplois perdus dans la zone euro et moitié moins aux États-Unis. Contrairement à 2022, la moindre capacité de rétention de main-d’œuvre implique une transmission plus directe du choc à l’emploi. En cas de fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, l’Europe serait plus affectée que les États-Unis : environ 225 000 emplois perdus dans la zone euro (0,13%) contre 126 000 aux États-Unis (0,08%), notamment en Allemagne, Pologne, Italie, France et Espagne.
• Les effets de l’intelligence artificielle sur le marché du travail commencent à se matérialiser, avec une trajectoire divergente entre catégories : les jeunes et les employés intermédiaires du secteur tertiaire sont les plus exposés. Les données récentes montrent une pression accrue sur les jeunes travailleurs peu expérimentés dans les tâches cognitives routinières, tandis que les postes hautement qualifiés, complémentaires à l’IA, en bénéficient. Depuis fin 2022, une adoption plus forte de l’IA est associée à une hausse du chômage des jeunes, expliquant environ 40% des écarts entre pays (hors économies à chômage élevé). L’impact initial de l’IA se traduit surtout par moins d’opportunités d’entrée, une progression salariale plus faible et une polarisation accrue des emplois, plutôt que par des suppressions massives de postes ou des tensions salariales généralisées.
• À moyen terme, l’impact de l’IA sur l’emploi sera important, inégal selon les pays et d’une ampleur inédite en termes de réorganisation du travail. Sur un horizon de 1 à 3 ans, environ 23,3 % des emplois dans les grandes économies seront affectés par l’IA, principalement via la réorganisation (10,4%), devant l’augmentation des capacités (5,3%) et la suppression directe de postes (7,6%). L’exposition varie fortement selon les pays, de 9,2% en Italie à 28,7% aux États-Unis, avec le Royaume-Uni (17,7%), l’Allemagne (16,2%), la France (14,7%) et l’Espagne (12,4%) entre les deux, soit 52,5 millions d’emplois aux États-Unis et 21,8 millions en Europe. Ces estimations n’incluent pas les créations d’emplois potentielles. À court terme, les destructions devraient toutefois précéder les créations. L’impact final dépendra surtout des politiques publiques, notamment formation, reconversion, protection sociale, fiscalité et concurrence, qui détermineront l’usage de l’IA et la répartition des gains de productivité.
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