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Une perturbation de moins de deux mois dans le détroit d'Ormuz pourrait faire grimper l'inflation moyenne des marchés émergents de 0,8 à 1,0 point de pourcentage, avec des effets récessionnistes limités, à l'exception des pays du Golfe (CCG). Nous estimons que la fermeture du détroit d'Ormuz pendant une période pouvant aller jusqu'à six semaines entraînerait une baisse du PIB de 1,6 point de pourcentage pour l'Arabie saoudite et de 3,3 points de pourcentage pour les Émirats Arabes Unis. Le tourisme, pilier essentiel de la diversification dans le Golfe, serait également touché à court terme, avec des répercussions sur les IDE et le calendrier des mégaprojets, y compris ceux liés à l'IA.
D'un choc des prix à un choc de l'offre ? À mesure que le conflit s'éternise, les économies asiatiques pourraient être confrontées à des perturbations de l'offre en plus de chocs inflationnistes plus marqués, étant donné que 56 % de leurs importations de pétrole et 30 % de leurs importations totales de gaz proviennent du Moyen-Orient. En Asie, Taïwan, le Vietnam, la Thaïlande, le Pakistan, le Bangladesh et le Sri Lanka sont plus exposés à une pénurie d'approvisionnement, tandis qu'en Afrique, l'Égypte, l'Éthiopie, le Kenya et la Tunisie seraient les plus touchés par une pénurie mondiale d'approvisionnement en pétrole, compte tenu de leur dépendance vis-à-vis des hydrocarbures du Moyen-Orient. Une pénurie temporaire pourrait être partiellement atténuée par des ajustements du mix énergétique (c'est-à-dire le charbon et, dans une moindre mesure, les énergies renouvelables), mais des perturbations de l'approvisionnement énergétique sur une longue période nécessiteraient une rationalisation de la demande de -5 à -7 % de la consommation finale d'énergie si les prix doublaient.
Au-delà de trois mois de fermeture du détroit d'Ormuz, de nombreux autres pays émergents sont exposés à un risque élevé de récession, car ils accusent un triple déficit (budgétaire, courant et énergétique). L'impact sur la croissance du PIB serait en moyenne d'au moins -0,5 point de pourcentage à 3,1 % pour les marchés émergents hors Chine. Le Bangladesh, l'Égypte, l'Éthiopie, la Jordanie, le Kenya, le Maroc, le Pakistan, la Pologne, la Roumanie, le Sri Lanka et la Tunisie seraient les plus exposés. Parallèlement, un deuxième groupe d’économies présente un risque modérément élevé, car elles disposent d’une plus grande marge de manœuvre pour soutenir leur économie : le Chili, la Chine, la Hongrie, l’Inde, les Philippines, Taïwan, la Thaïlande et la Turquie. En revanche, les grands exportateurs de matières premières tels que le Brésil et le Mexique semblent structurellement résilients malgré leurs déficits budgétaires, car les exportations d’énergie amortissent l’impact de la hausse des prix.
Le choc est survenu à un moment favorable pour le carry trade (emprunter dans une monnaie à faible taux d’intérêt pour investir dans une monnaie ou un actif à rendement plus élevé) sur les marchés émergents. Il appelle à la sélectivité en fonction d’une prime de risque énergétique ciblée. La réévaluation précoce des marchés a commencé : les marchés des changes ont réagi rapidement, la livre égyptienne enregistrant la plus forte dépréciation (-9,2 %), suivie du forint hongrois (-8 %) et du peso chilien (-4,9 %). La réévaluation sur les marchés obligataires locaux révèle une situation très contrastée, avec des anticipations d’inflations plus élevées ou à travers des primes de risque et de liquidité. Un conflit prolongé pourrait entraîner une réévaluation plus marquée des anticipations d’inflation sur l’ensemble des courbes des marchés émergents, accentuant la pente des courbes de rendement locales et retardant les cycles d’assouplissement monétaire. Dans l’ensemble, l’ajustement devrait rester sélectif plutôt que systémique. Le scénario le plus probable est donc l’émergence d’une prime de risque énergétique ciblée sur les économies émergentes vulnérables, plutôt qu’une vague de ventes généralisée sur l’ensemble de la classe d’actifs.
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