Bonjour, et bienvenue dans Ludonomics, la newsletter sur ce qui fait bouger l’économie mondiale. Je suis Ludovic Subran, chef économiste et CIO de l’assureur Allianz. Je vous donne rendez-vous toutes les semaines dans votre boîte mail. Suivez-moi également sur X.
La guerre au Moyen-Orient plante le décor. Pour les États-Unis et l’Europe, nous prévoyons une croissance plus faible, une inflation plus élevée, une pression budgétaire accrue et une situation difficile pour les banques centrales. Le PIB mondial devrait s’établir à +2,6 % en 2026 (révisé à la baisse de –0,5 point de pourcentage), l’inflation à 3,2 % aux États-Unis et à 3,0 % dans la zone euro cette année (révisée à la hausse de +0,7 point de pourcentage et +1,1 point de pourcentage, respectivement) et la croissance des échanges commerciaux à +1,5 % en 2026 (révisée à la baisse de –0,5 point de pourcentage). La croissance devrait se maintenir à +2,1 % aux États-Unis et à +0,8 % dans la zone euro, et les déficits resteront élevés : -7 % du PIB aux États-Unis et -3,0 % en Europe, tandis que la hausse des coûts du service de la dette limite la marge de manœuvre pour des mesures de soutien. Les prix du pétrole devraient osciller autour de 80 USD/baril fin 2026 après avoir atteint un niveau record au premier trimestre 2026 en raison de l'instabilité géopolitique. La Fed devrait ignorer la flambée de l'inflation et maintenir ses taux inchangés, avec une seule baisse début 2027. La BCE devrait procéder à une hausse de taux de 25 pb pour ancrer les anticipations, puis marquer une pause à mesure que la croissance s'affaiblit. Les deux banques centrales considéreront ce choc comme temporaire dans le scénario de base, mais des pressions énergétiques prolongées entraîneraient une réponse plus restrictive.
Les pays du Golfe (CCG) et l'Asie restent les plus directement exposés, tandis que la Chine devrait encore enregistrer une croissance de +4,6 % en 2026. Les économies à triple déficit, combinant déficits budgétaires, courants et énergétiques, sont particulièrement vulnérables aux sorties de capitaux, à la hausse de l'inflation et à la récession. Les économies du CCG sont confrontées à des risques liés au commerce, au tourisme et à l'immobilier malgré des réserves financières importantes et nous avons révisé leurs prévisions de croissance à la baisse de 2,1 points de pourcentage. Pour l'Asie, le facteur favorable de croissance de +0,2 point de pourcentage prévu pour fin 2025 a été effacé. L'Amérique latine est relativement mieux protégée du choc, des pays comme l'Argentine, le Brésil et le Mexique bénéficiant de leur position d'exportateurs de matières premières.
Pour les entreprises et les consommateurs : un choc des coûts généralisé, venant s'ajouter aux vulnérabilités préexistantes. La hausse des prix de l'énergie, des métaux et des engrais crée un choc de flambée des coûts dans un contexte de faible demande et de droits de douane américains élevés, qui devraient osciller autour de 10 %. Le resserrement des conditions financières et l'affaiblissement de la demande devraient entraîner une hausse des faillites mondiales en 2026. L'affaiblissement de la confiance des consommateurs, des marchés du travail et du pouvoir d'achat dans un contexte de prix élevés du carburant et des denrées alimentaires constitue les principaux défis à venir.
Marchés de capitaux : les prix intègrent la crainte d'une stagflation géopolitique. Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, les investisseurs se sont résolument orientés vers un mode « prudent » lié à la stagflation. Les anticipations d’inflation à court terme augmentent, entraînant des attentes de hausses de taux par la Fed et la BCE. Parallèlement, la demande mondiale ralentit, notamment dans les pays émergents qui utilisent leurs réserves pour soutenir leurs devises et financer l’énergie. Les actions reculent et les flux se dirigent vers le dollar, tandis que l’or baisse. Les primes de risque sur le crédit ne s’élargissent que modérément et les anticipations d’inflation à long terme restent bien ancrées, avec des prix du pétrole attendus en baisse. Notre scénario de base anticipe une amélioration progressive si les tensions s’apaisent d’ici trois mois, avec un rebond des marchés d’ici la fin de l’année. À court terme, toutefois, la volatilité devrait rester élevée et des épisodes de stress sont encore probables.
La situation pourrait empirer avant de s'améliorer : une aggravation du conflit entraînerait une récession stagflationniste. Attention à la réaction en chaîne. Dans notre scénario pessimiste, une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz (> 3 mois) amplifierait le choc économique : prix du pétrole grimpant temporairement à 180 USD/baril avant de redescendre à 85 USD/baril ; l'économie mondiale serait plongée dans un régime de stagflation, la zone euro entrant en récession technique (croissance annuelle de +0,2 %) et l'économie américaine ralentissant considérablement pendant deux ans avec une forte correction des marchés boursiers. L'inflation atteindrait 4,6 % dans la zone euro et 4,9 % aux États-Unis, contraignant les banques centrales à augmenter les taux. Pour les marchés de capitaux, cela implique un régime clairement marqué par l'aversion au risque : des rendements plus élevés, de fortes corrections boursières avec une baisse maximale de -30 % en Europe et de -25 % aux États-Unis, ainsi que des écarts de rendements sur le crédit nettement plus importants, avec en parallèle un dollar américain plus fort et des tensions croissantes sur la liquidité.
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