Bonjour, et bienvenue dans Ludonomics, la newsletter sur ce qui fait bouger l’économie mondiale. Je suis Ludovic Subran, chef économiste et CIO de l’assureur Allianz. Je vous donne rendez-vous toutes les semaines dans votre boîte mail. Suivez-moi également sur X.
Les défaillances d'entreprises ont terminé l'année 2025 sur une tendance à la hausse dans la plupart des pays, malgré des niveaux déjà élevés. Les premières données définitives disponibles pour 2025 confirment nos prévisions d'une augmentation de +6 % des défaillances d'entreprises à l'échelle mondiale, l'Europe occidentale (+6 %) restant un contributeur clé à la tendance mondiale. Plusieurs pays asiatiques affichent des hausses à deux chiffres (cinq sur neuf) et la plupart des économies avancées dépassent nettement les chiffres d'avant la pandémie.
Nous prévoyons un niveau élevé et prolongé de défaillances en 2026-2027. La hausse mondiale des défaillances devrait se poursuivre pour la cinquième année consécutive en 2026, mais à un rythme plus lent. Le risque prolongé de non-paiement (insolvabilités des acheteurs) et de perturbations de la chaîne d'approvisionnement (insolvabilités des fournisseurs) nécessite une surveillance étroite des acheteurs et fournisseurs critiques.
Il est important de noter que les grandes entreprises ne sont pas épargnées, avec un nombre record de cas au dernier trimestre 2025 (147) et sur l'ensemble de l'année (475). L'Europe occidentale se distingue également dans notre rapport interne sur les insolvabilités des grandes entreprises, en tête du rebond et du nombre total de cas. Toutefois, les Amériques et la Chine ont encore enregistré les cas les plus importants, représentant 17 des 20 principales défaillances de l'année. Si les grandes entreprises sont souvent plus exposées aux problèmes mondiaux, cela souligne également le risque d'un effet domino sur les fournisseurs et les sous-traitants.
Les services, la construction et le commerce de détail arrivent en tête du classement mondial (44 % du total), mais ils masquent une plus grande fragilité dans des secteurs industriels tels que les machines et équipements, l'automobile, et les produits chimiques, particulièrement en Europe.
Pour sa réunion de cette semaine, la BCE devrait rester stable en cette période de turbulences. Malgré l'actualité mouvementée, la BCE se trouve dans une situation économique favorable, ce qui confirme nos perspectives à long terme d'un maintien des taux directeurs à 2 %, un niveau que la BCE considère comme globalement neutre. L'inflation est proche de l'objectif, la croissance est proche de son potentiel et les marchés du travail restent tendus, ce qui justifie une pause prolongée conforme à la communication de la BCE.
Le crédit ne se redresse que progressivement. Malgré les baisses de taux de 200 points de base de la BCE jusqu'à la mi-2024, les conditions de crédit restent moroses. Les prêts au secteur privé ont ralenti en décembre 2025 et restent inférieurs à leur moyenne de long-terme. La hausse des taux d'intérêt à long terme et la forte incertitude pèsent sur les décisions d'investissement des entreprises et des ménages, ce qui maintient l'appétit pour les prêts à un niveau modéré et incite les banques à la prudence en matière d'octroi de crédit.
Cinq facteurs pourraient faire dérailler la politique de stabilité des taux de la BCE, avec des risques penchant vers une baisse des taux directeurs. Les principaux risques à la baisse sont un choc d'indépendance de la Fed qui renforcerait l'euro, un choc de confiance lié à la géopolitique qui réduirait les investissements et la consommation en Europe, un accord de paix en Ukraine qui ferait baisser fortement les prix de l'énergie et un choc de productivité rapide lié à l'IA, ces événements s'avérerait désinflationniste. Le principal risque haussier pour les taux directeurs est une escalade prolongée au Moyen-Orient qui ferait grimper les prix du pétrole et l'inflation, obligeant la BCE à adopter une position plus restrictive.
Les perspectives de croissance de la zone euro sont solides, grâce aux dépenses budgétaires allemandes et à la dernière ligne droite du plan NGEU.
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